Flambée des prix des carburants : pourquoi le diesel est-il particulièrement touché ?

Il a atteint un record historique en France. Vendredi 18 septembre, le prix du diesel a atteint les 2,40 euros et pourrait même s’approcher, dans les prochaines semaines, des 2,50 euros le litre. Une hausse bien plus importante que pour le prix du SP95-E10 et qui s’explique par de nombreux facteurs qui frappent le carburant le plus consommé dans l’Hexagone.

Un transport plus difficile

La première raison est un contexte global, qui touche les carburants dans leur ensemble : depuis fin août, la reprise des hostilités entre l’Iran et les États-Unis avec des frappes américaines et iraniennes sur des pétroliers a contribué à faire repartir les prix à la hausse. « Quand on rentre et qu’on fait sortir un pétrolier dans le détroit d’Ormuz, ça coûte en gros 10 dollars du baril », a récemment expliqué le PDG du groupe pétrogazier TotalEnergies, Patrick Pouyanné, sur France Inter. 

Si pour le pétrole brut, il est possible « d’absorber » ce surcoût, selon le patron de TotalEnergie, cela n’est pas possible pour les produits raffinés. En effet, « les bateaux qui transportent de l’essence ou du diesel sont plus petits et ne supportent pas les surcoûts pour entrer et sortir du détroit », a-t-il ajouté, pour expliquer « le manque de produits pétroliers venant des raffineries du Moyen-Orient ». 

Selon Patrick Pouyanné, la situation dans la région a ainsi retiré du marché « environ trois millions de barils par jour de produits raffinés ». Un manque qui pourrait encore s’amplifier avec le regain de tension entre les Houthis du Yémen et l’Arabie saoudite, le groupe rebelle ayant annoncé un blocus maritime contre le premier exportateur de brut et visé des navires pétroliers et des infrastructures sur son territoire, notamment des raffineries.

Particulièrement délicat alors que, dans une note fin août, l’Agence internationale de l’Énergie (AIE) pointait que « la région du Golfe est une source-clé d’exportation de produits de pétrole raffiné vers les marchés mondiaux (…) tels que le diesel et le carburant pour avions ».

Des frappes ukrainiennes en Russie

Des frappes en Arabie saoudite mais aussi dans le Golfe, où ces sites stratégiques sont visés par l’Iran, ce qui impacte les capacités de raffinage de pétrole brut. « La flambée actuelle ne vient pas principalement d’un manque de pétrole brut, mais d’un manque de carburants déjà raffinés, surtout de diesel et de kérosène », résume ainsi Patrice Geoffron, professeur d’économie et directeur du Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières (CGEMP). 

D’autant que les raffineries sont visées non seulement au Moyen-Orient mais aussi en Russie, où ces infrastructures subissent depuis plusieurs semaines des attaques de drones ukrainiens. « Les frappes de la semaine dernière ont entraîné des angles morts sur le raffinage du diesel aujourd’hui », pointe Simon Lacoume, économiste sectoriel pour Coface.

Car face aux frappes, Moscou a prolongé son moratoire sur les exportations du carburant mis en place fin juillet avec une conséquence importante : la Russie exporte habituellement environ 800.000 barils de diesel ou d’essence par jour, soit environ 10% de l’offre disponible. 

« C’est le cumul, on n’avait pas vu venir le détroit d’Ormuz plus l’efficacité des Ukrainiens », qui dans leur « guerre contre la Russie, sont très efficaces pour détruire ou abîmer le système de raffinage russe », résume Patrick Pouyanné. Selon Andy Lipow, analyste de Lipow Oil Associates interrogé par l’AFP, entre le Moyen-Orient et les attaques en Russie, « six à sept millions de barils par jour de capacité de raffinage ont été endommagés ». 

Le problème français

En France, les répercussions de ces crises sont d’autant plus importantes que le diesel est le carburant le plus consommé, mais surtout que le pays en raffine peu par rapport à l’essence dans les six sites encore présents dans l’Hexagone. Ainsi, Paris importe 50% de sa consommation pour ces produits disponibles à la pompe, selon les données 2025 du Comité professionnel du pétrole. 

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